Prosper Conseil vise le milliard d’euros d’actifs conseillés et accélère dans la gestion de fortune

Prosper Conseil vise le milliard d’euros d’actifs conseillés et accélère dans la gestion de fortune

14 août 2026 12 min de lecture
Prosper Conseil vise le milliard d’euros d’actifs conseillés et accélère dans la gestion de fortune

Quatre ans après sa création, Prosper Conseil change de dimension. Le cabinet de conseil en gestion de patrimoine, fondé en 2022 par Nicolas Decaudain et Ludovic Chaput, a annoncé début août la nomination de Matthias Michelin au poste de Directeur Général en charge du développement. Une évolution de gouvernance qui intervient alors que l’entreprise revendique désormais 33 salariés, 1 100 clients et 710 millions d’euros d’actifs conseillés. Son prochain objectif est déjà fixé : franchir le milliard d’euros d’actifs conseillés dans les deux ans.

Ces chiffres attirent l’attention, mais ils n’expliquent qu’en partie la trajectoire du cabinet. Prosper Conseil s’est développé sur un positionnement encore minoritaire en France : celui du conseil indépendant au sens de la réglementation MIF 2, avec une rémunération par honoraires et sans conservation des rétrocessions versées par les fournisseurs de placements. Selon les données 2024 de l’Autorité des marchés financiers citées par le cabinet, seuls 7 % des conseillers en investissements financiers déclarent fournir exclusivement un conseil indépendant.

Mais réduire Prosper Conseil à son modèle de rémunération serait passer à côté de l’essentiel. Son développement tient aussi à un positionnement intermédiaire assez singulier entre le cabinet traditionnel de gestion de patrimoine et la banque privée : conseil patrimonial global, ingénierie fiscale et civile, gestion conseillée, solutions d’investissement en architecture ouverte et accès à des outils de gestion de fortune tels que l’assurance vie luxembourgeoise ou le crédit Lombard.

De 2022 à 710 millions d’euros d’actifs conseillés

La croissance a été rapide. Prosper Conseil indique accompagner aujourd’hui 1 100 clients et conseiller 710 millions d’euros d’actifs avec une équipe de 33 salariés. La nomination de Matthias Michelin, effective depuis le 1er août 2026, vient formaliser des responsabilités qu’il exerçait déjà au quotidien et lui confie désormais le pilotage de la stratégie de développement.

Prosper Conseil en quelques chiffres

Situation à l’été 2026

Année de création

2022

Cofondateurs

Nicolas Decaudain et Ludovic Chaput

Effectif

33 salariés

Clients accompagnés

1 100

Actifs conseillés

710 M€

Objectif annoncé

1 Md€ d’actifs conseillés sous 2 ans

Modèle de conseil

Conseil indépendant MIF 2, rémunéré par honoraires

Organisation

Accompagnement digitalisé en France et à l’international

Source : Prosper Conseil, chiffres communiqués au 31 juillet 2026.

Avec 710 millions d’euros d’actifs conseillés, Prosper Conseil se présente désormais comme le plus important cabinet français fonctionnant exclusivement selon ce modèle de conseil indépendant. Le cabinet revendique une architecture ouverte et l’absence de rétrocessions conservées sur les placements recommandés. Le principe est assez proche du modèle anglo-saxon dit « fee-only » davantage développé dans certains pays anglo-saxons : le client rémunère le conseil et le conseiller n’a pas vocation à choisir un placement en fonction de la commission que celui-ci pourrait lui rapporter.

Pour autant, c’est probablement moins ce principe théorique que la manière dont il est associé à une offre patrimoniale très large qui explique l’intérêt du modèle. Le cabinet de conseil en gestion de patrimoine Prosper Conseil ne se limite pas à sélectionner quelques fonds ou contrats d’assurance vie. Son approche couvre les investissements financiers et immobiliers, la fiscalité, la retraite, la transmission, la prévoyance, les revenus professionnels et la structuration patrimoniale.

C’est une différence importante avec les acteurs dont le métier repose principalement sur la distribution d’un produit financier. Pour un patrimoine significatif, la question pertinente n’est pas toujours « quelle assurance vie choisir ? », mais plutôt « quelle organisation patrimoniale faut-il mettre en place avant de choisir les placements ? ».

Du placement à l’ingénierie patrimoniale : une clientèle aux problématiques de plus en plus complexes

Prosper Conseil s’adresse à une clientèle assez large, mais son offre prend une dimension particulière lorsque le patrimoine devient conséquent ou que la situation professionnelle se complexifie. Le cabinet accompagne notamment des entrepreneurs, professions libérales, cadres dirigeants, expatriés, héritiers, salariés, retraités et investisseurs avertis.

Prenons le cas d’un entrepreneur venant de céder son entreprise. Il peut se retrouver avec plusieurs millions d’euros dans une holding et une problématique qui n’a plus grand-chose à voir avec la simple recherche du « meilleur placement ». Faut-il conserver le capital dans la société ou en sortir une partie ? Comment investir la trésorerie ? Un compte-titres détenu par la holding est-il préférable à un contrat de capitalisation ? Comment organiser la transmission ? Quelle allocation financière adopter ? Est-il pertinent d’utiliser de la dette pour financer un nouvel investissement plutôt que de consommer le capital disponible ?

Même chose pour un médecin ou un autre professionnel libéral. L’analyse peut simultanément porter sur le statut d’exercice, le niveau de rémunération, l’immobilier professionnel, la retraite, la prévoyance, les investissements financiers et la transmission familiale. Pour une personne expatriée ou susceptible de changer régulièrement de résidence fiscale, une couche supplémentaire s’ajoute avec les problématiques internationales.

C’est sur ce type de dossiers que l’ingénierie patrimoniale prend son sens. L’objectif n’est plus d’empiler des produits mais d’organiser les différentes composantes du patrimoine pour qu’elles fonctionnent ensemble. Le cabinet indique ainsi intégrer les dimensions financières, fiscales, civiles, immobilières et successorales dans ses recommandations. Il intervient également sur des sujets comme la création de sociétés, le démembrement de propriété ou l’adaptation du régime matrimonial.

En pratique, les problématiques traitées peuvent donc être très différentes :

  • structurer et investir les liquidités issues d’une cession d’entreprise ;

  • optimiser l’articulation entre patrimoine professionnel et patrimoine privé ;

  • construire une allocation financière adaptée à plusieurs millions d’euros d’actifs ;

  • préparer une transmission en utilisant notamment l’assurance vie, la donation ou le démembrement ;

  • accompagner une expatriation ou un retour en France ;

  • organiser la retraite et les revenus futurs ;

  • étudier la création ou l’utilisation d’une holding patrimoniale ;

  • financer un projet sans nécessairement liquider les actifs financiers, notamment grâce au crédit Lombard.

Cette capacité à passer du placement à la fiscalité, puis du droit civil au financement, rapproche davantage le modèle de la gestion de fortune que du simple courtage financier.

Assurance vie luxembourgeoise, CTO, PER : l’architecture ouverte au cœur de l’offre

L’une des expertises de Prosper Conseil concerne l’assurance vie luxembourgeoise. Le cabinet gère plusieurs centaines de contrats pour ses clients, avec un encours moyen de 400 000 euros. En pratique, l’assurance vie luxembourgeoise est accessible à partir de 125 000 euros selon le contrat retenu.

Le Luxembourg devient particulièrement intéressant lorsque le patrimoine financier augmente. Contrairement à de nombreux contrats français grand public, l’assurance vie luxembourgeoise peut fonctionner dans une architecture beaucoup plus ouverte. Elle permet notamment, selon le contrat et l’éligibilité du client, de construire des allocations à partir d’ETF, de fonds obligataires, de fonds monétaires, de fonds institutionnels, de private equity ou d’autres classes d’actifs. Les contrats peuvent également fonctionner dans différentes devises.

Prosper Conseil travaille avec plusieurs compagnies luxembourgeoises, ce qui lui permet de sélectionner l’assureur en fonction de la situation plutôt que de proposer systématiquement le même contrat. Le cabinet met notamment en avant des solutions auprès de Vitis Life, Utmost, La Mondiale Europartner, Baloise et Wealins. Certaines sont plus adaptées aux tickets d’entrée relativement accessibles, d’autres aux actifs complexes ou aux problématiques internationales.

Le coût constitue également un enjeu. Sur ce marché, la facture ne se limite pas aux frais de l’assureur : interviennent aussi la banque dépositaire et l’intermédiaire. Prosper Conseil indique avoir négocié des frais dégressifs selon les encours et revendique des conditions parmi les plus compétitives du marché.

L’assurance vie n’est toutefois qu’une enveloppe parmi d’autres. Selon la situation, un compte-titres ordinaire peut être plus pertinent, notamment pour certaines stratégies financières ou pour une personne morale. Un PER peut répondre à une problématique de retraite et de déduction fiscale. Pour une holding patrimoniale, le contrat de capitalisation luxembourgeois constitue une autre possibilité : il permet à une personne morale d’accéder à une architecture financière comparable sur certains aspects à celle de l’assurance vie luxembourgeoise, avec notamment des investissements en ETF, fonds monétaires ou obligataires, plusieurs devises et, selon le montage, un crédit Lombard.

La valeur ajoutée du conseiller consiste précisément à ne pas partir de l’enveloppe. Une assurance vie luxembourgeoise, aussi sophistiquée soit-elle, n’est pas automatiquement préférable à un CTO, un PEA, un PER ou une autre structure. La décision dépend du statut du détenteur, de sa fiscalité, de son horizon, de sa résidence, de ses objectifs successoraux et de la composition du reste de son patrimoine.

En pratique, seule une fraction des clients de Prosper Conseil est orientée vers l’assurance-vie luxembourgeoise. Pour certains profils, le compte-titres ordinaire (CTO) constitue une enveloppe plus adaptée. À ce titre, le cabinet travaille notamment avec Swissquote au Luxembourg pour les comptes-titres de ses clients. Les services proposés sont particulièrement adaptés à une clientèle patrimoniale. Swissquote permet notamment d’accéder au crédit Lombard, avec des conditions négociées par Prosper Conseil. Plus largement, le volume d’actifs conseillés par le cabinet lui donne un poids significatif dans les négociations avec les établissements financiers, notamment sur les conditions tarifaires et de financement obtenues pour ses clients.

Le crédit Lombard, illustration d’un positionnement plus proche de la banque privée

Le crédit Lombard illustre bien le type de services sur lequel Prosper Conseil cherche à se différencier.

Son principe consiste à obtenir un financement en donnant des actifs financiers en garantie. Un client disposant, par exemple, de plusieurs millions d’euros investis dans une assurance vie luxembourgeoise peut ainsi financer un projet sans nécessairement effectuer un rachat et vendre ses placements.

L’intérêt est particulièrement évident lorsque le client souhaite conserver son portefeuille investi sur le long terme. Au lieu de vendre 1 million d’euros d’actifs pour financer un projet immobilier, il peut, si son patrimoine et son profil de risque le permettent, nantir une partie de son portefeuille et emprunter les liquidités nécessaires. Les investissements continuent alors à être détenus dans leur enveloppe patrimoniale.

Ce levier ne doit évidemment pas être présenté comme une source de rendement sans risque. Si la valeur des actifs nantis chute fortement, la banque peut exiger des garanties supplémentaires ou une réduction de l’encours du crédit. La composition du portefeuille, le niveau de nantissement et les conditions de financement sont donc essentiels.

Prosper Conseil indique proposer ce type de montage à partir de 500 000 euros d’encours sur une assurance-vie luxembourgeoise, avec des seuils d’accès plus faibles lorsque le crédit est adossé à un CTO. Le choix de la banque dépositaire devient alors presque aussi important que celui de l’assureur : coût du financement, actifs acceptés en garantie, quotités de nantissement et modalités de fonctionnement peuvent différer d’un établissement à l’autre.

C’est aussi là que l’architecture ouverte prend une dimension concrète. Le cabinet ne cherche plus simplement le contrat offrant une liste attractive de fonds, mais un écosystème assureur-banque capable de répondre à l’ensemble du besoin patrimonial.

Cette approche concerne également la gestion conseillée. Chaque client peut disposer d’un conseiller attitré chargé de construire puis de faire évoluer sa stratégie d’investissement. Prosper Conseil indique intégrer dans ce suivi les enjeux financiers, fiscaux et successoraux plutôt que de limiter l’accompagnement aux arbitrages de portefeuille.

Le modèle est donc assez différent d’une gestion pilotée standardisée dans laquelle le client choisit un profil prudent, équilibré ou dynamique et délègue ensuite l’allocation. Ici, la stratégie peut tenir compte des autres actifs du client, de ses sociétés, de sa fiscalité, de ses projets et de ses besoins futurs de liquidité.

Un milliard d’euros sous deux ans : le défi consiste maintenant à grandir sans banaliser le modèle

La nomination de Matthias Michelin intervient finalement à un moment assez logique de l’histoire du cabinet. Passer de quelques dizaines ou centaines de millions d’euros conseillés à plus d’un milliard implique de changer d’échelle : recruter davantage, structurer les expertises, renforcer les processus internes et conserver une qualité de suivi homogène malgré l’augmentation du nombre de clients.

Matthias Michelin prend désormais en charge le développement et le pilotage de cette stratégie de croissance. Prosper Conseil indique vouloir simultanément renforcer ses équipes et approfondir ses expertises. Le cabinet vise le milliard d’euros d’actifs conseillés sous deux ans, contre 710 millions actuellement.

La trajectoire est d’autant plus intéressante que le marché français de la gestion de patrimoine reste très fragmenté et que le conseil indépendant au sens de MIF 2 demeure minoritaire. Selon les chiffres AMF 2024 repris dans le communiqué de Prosper Conseil, seuls 7 % des CIF déclarent exercer exclusivement selon ce cadre.

Le modèle sur honoraires constitue donc une particularité importante, mais la prochaine étape se jouera probablement ailleurs. Pour continuer à se développer auprès d’une clientèle patrimoniale, Prosper Conseil devra démontrer sa capacité à maintenir une expertise de haut niveau sur des dossiers de plus en plus complexes, tout en industrialisant suffisamment son organisation pour accompagner davantage de clients.

C’est tout l’enjeu de cette nouvelle phase. Avec 33 salariés, 1 100 clients et 710 millions d’euros conseillés quatre ans après sa création, le cabinet a déjà atteint une taille significative. Le passage annoncé au milliard constituerait moins une rupture qu’une confirmation : celle de l’émergence en France d’un acteur de taille importante combinant conseil patrimonial global, ingénierie, gestion conseillée et outils traditionnellement associés à la banque privée.

La nomination de Matthias Michelin n’est donc pas seulement une évolution d’organigramme. Elle marque le passage d’une phase de construction rapide à une phase de changement d’échelle. Pour Prosper Conseil, le défi consiste désormais à poursuivre cette croissance sans perdre ce qui a contribué à son développement initial : une architecture ouverte, une expertise patrimoniale transversale et une relation dans laquelle le conseil doit rester le point de départ, avant le choix des produits financiers.